Les lavandes m’ont rendu fou !

  • 16 juillet 2019

Ça fait des années que je veux peindre les lavandes et des années que je reporte ! J’ai une excuse : quand commence leur floraison les terrasses me réclament ! Si je continue à céder à cet appel je ne le ferai jamais.

Chers amis et modèles préférés, pardonnez mon incartade, c’est pour cette année ! Vous ne me verrez donc pas aux terrasses une grande partie de l’été 2019. En échange, je vous fais cadeau sur mon blog de mon excursion artistique ! Imaginez-vous assis à mes côtés sur le siège avant de ma Jeep bariolée et laissez-vous guider sur les routes et les chemins. Poussez un peu les genoux ; il y a beaucoup d’affaires dans cette voiture ! C’est parti, parcourons ensemble les hauts plateaux de Provence dans l’odeur de paille brûlée des distilleries de lavande aux longues cheminées rouillées.

Ah ! Si les terrasses m’ont fait tomber amoureux de vous, les lavandes m’ont rendu fou ! Il m’a fallu à peine deux jours pour m’en rendre compte…


Mardi 2 juillet

Le premier jour, sur le plateau des Claparèdes : de Sivergues à Saignon en passant par Buoux, j’y ai passé dix années de ma vie ! L’émotion est toujours forte lorsque je retourne dans cet endroit. J’ai peint ce tableau :

C’est près de la ferme Escudelettes, où habitait Fernand Laugier. Ce vieux paysan qui vivait comme un loup solitaire venait parfois le dimanche à la maison pour partager notre repas de midi. Il apportait sa « cacha » un fromage de sa fabrication personnelle à base de résidus de fromage dans lequel il ajoutait de l’eau-de-vie. Les effluves nous montaient aux yeux, directement…


Mercredi 3 juillet

Direction: le plateau de Valensole, le paradis des lavandes !  Départ cinq heures du matin sous un ciel encore noir. Mon but est d’assister une cinquantaine de minutes plus tard au lever du soleil. Me voilà au bout de la route sinueuse qui débouche sur le plateau devant le spectacle hallucinant d’un océan violet ! Une autre surprise moins agréable m’attend : des gens – pour la plupart des Japonais – sont déjà agglutinés comme des mouches en bordure de route, armés d’appareils photo ! Impossible de se mettre là pour peindre. Puisque les meilleures places sont prises je vais suivre les pistes agricoles. De nombreux panneaux d’interdiction limitent mes déplacements. Mais j’ai pu trouver une vue intéressante, au bord d’un chemin caillouteux en forte pente, un lieu qui devrait également me prémunir des touristes… Premier tableau :

Puis le deuxième, plus rapide, et format panoramique :

Tiens, un couple de Japonais brave les caillasses du chemin. Elle, en chemise blanche, short serré, et une ombrelle rose ; lui, un costume bleu ciel, et un gros appareil photo entre les mains. – Ça va ? me demande la Japonaise qui prend la pose devant moi en faisant valser sa chevelure noire dans l’air parfumé. Elle a un accent merveilleux et un sourire désarmant. – Oui ça va. Pendant ce temps, d’une série de clics, l’homme m’a dégommé. Le sang m’est monté à la tête. J’ai enlevé mon tableau du chevalet, mais c’était trop tard. Mon image s’en va via la boîte magique ! Ne nous étonnons pas si nous la voyons un jour sur Instagram !

À l’aube du troisième jour, donc, je le savais : les lavandes m’avaient rendu fou. À cause de leurs couleurs, de leur parfum, bien entendu, mais aussi – témoin cette Japonaise aux jambes aussi fines que des tiges de lavandes ! – à cause de la présence des touristes. Depuis, je brave les interdictions. Tant pis pour la récolte du paysan je mâche trois ou quatre brins de lavandes par jour. De l’essence violette coule dans mes veines !


Jeudi 4 juillet

Retour sur le plateau des Claparèdes cher à mon cœur. Histoire de me remettre des émotions de Valensole…

J’ai fait deux tableaux.

Regain, cette ancienne auberge de jeunesse, avec un cinéma en plein air et une collection de films noir et blanc, était dirigée par François Morenas. Cet homme, petit, maigre, au visage tortueux comme une racine de chêne vert, balisait également des sentiers de randonnée à travers le Luberon. Comme tous les gens que j’ai rencontrés dans ce pays magique, c’était un passionné.

Ne nous étonnons plus de notre folie et allons un peu plus loin, en direction d’Auribeau. Je gravis un coteau. De cette hauteur, je surplombe le plateau. Et voilà la naissance d’un deuxième tableau :


Vendredi 5 juillet

Direction: le pays de Sault !
En bordure d’un chemin j’ai réalisé ce tableau à Ferrassières.

Il fait chaud. Une jolie paysanne   est venue me faire une petite visite. – On surveille la floraison car on a des ruches dans le coin, dit-elle. Pendant la nuit elle a peut-être – comme moi – rêvé de lavandes, de peinture ou de ciel…


Samedi…

Alors que je devais marquer un temps d’arrêt dans mon projet artistique – rester aux Bastides et prendre le petit-déjeuner avec Christine, l’appel des lavandes est le plus fort :

– Zou ! lève-toi !

– C’est congé non le samedi ?

– Pas de congé pour les artistes !

Je pars sur le proche plateau avec l’idée de peindre la voiture… j’en ai rêvé pendant la nuit.
Mais d’abord ce paysage, avec en fond le Mont-Ventoux, vu d’un sommet de lavandes.

Voilà la photo de la Jeep, devenue le symbole de ma folie !


Lundi 8 juillet

Départ des Bastides toujours de bon matin. Je reprends la route pour Ferrassières : l’idée de rester quelques jours dans ce pays se manifeste.

D’abord franchir la combe des voleurs, arriver à Apt, passer devant le bar des voyageurs… toute une époque de ma vie.

Une fois là-bas, j’ai réalisé ce tableau :

Puis cet autre en me rendant sur Hautes- Ferrassières un pays perdu où ne semble habiter que le Bon Dieu.


Mercredi 10 juillet

(Mardi j’ai préparé la voiture en vue d’un séjour de deux jours.)

Arrivé à l’hôtel. J’ai fait cette vue du village .

Puis cette autre à travers champs :


Jeudi 11 juillet

Ce matin avant de commencer, j’ai rencontré des apiculteurs. Les abeilles sont devenues agressives. Je me suis fait piquer sur la joue puis sur le front ! Il y a quelque chose de bizarre là-dedans. Je me suis demandé si ce n’était pas mes appareils auditifs qui dérangeaient les abeilles… Si elles pouvaient ne pas supporter les appareils photo, nous serions sauvés d’un tourisme trop envahissant !

Tableau de Sault le matin.

J’en ai finalement la preuve le soir, en rentrant à l’hôtel : m’en allant contempler une dernière fois les champs d’un violet foncé comme jamais encore je n’ai vu. Une abeille s’est mise à tournoyer autour de mes oreilles. J’ai compris : elles sont sensibles à l’électronique. Alors demain, quand j’irai dans les champs de lavandes j’ôterai mes appareils auditifs. Je peindrai dans le silence. On verra où ça me mènera. Si je ne deviens pas complètement fou !

 

Commentaires

  1. Lucile Syrigos

    Merci pour cette jolie balade à travers les champs de lavande . C est superbe !!!! Bravo ……

    17 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Merci beaucoup Lucile, à bientôt !

      17 juillet 2019 Répondre
  2. Monica Lewis

    Merci Gerard! Vos peintures sont magnifiques! Les beaux villages de Provence me manquent beaucoup. Grosses bises a tout la famille.

    17 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Merci Monica, grosses bises à toute la famille !

      17 juillet 2019 Répondre
  3. Salut Gérard
    Lorsque je regarde en arrière et que je pense à M. Sari je te vois à la terrasse du Gardian réaliser un fusain dont le thème ne te quittera plus LES TERRASSES.
    Voici que tu t’abandonnes à la Lavande à présent et comme à ton habitude, tu t’y plonge à cœur perdu ; oui oui à cœur perdu, pour en sublimer, à la manière des affichistes de la Lithotyp du père Druet, la poudreuse lumière.
    À te croiser sur le plateau de Saint-Jurs.
    Artistiquement-Vôtre
    Sidali DE SAINT-JURS

    17 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Merci pour cette douce nostalgie.
      A te croiser également sur les plateaux ou à la terrasse d’un café… de Provence bien entendu!
      Gérard

      18 juillet 2019 Répondre
  4. Rey Caroline

    Tes tableaux et ton récit sont magnifiques et magiques. Merci de partager cela. En plus les lavandes … Une madeleine de Proust pour moi. Je t’embrasse.

    19 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Comme c’est gentil, ma chère Caroline, je suis touché par tes mots et… la madeleine au goût de lavande!
      A très bientôt, bisous à toute la famille

      19 juillet 2019 Répondre
  5. Ivaldi vanessa

    Pour bien connaître cette route hiver comme été depuis ma tendre enfance pour monter dans nos chères montagnes du val d’allos je te félicite de l’authenticité de tes si belles œuvres.
    Rien quand les regardant une odeur de lavande envahit le bout de mon nez……
    Nous sommes très fiers d’un tel peintre dans la famille artiste aux idées toujours très
    originales …..
    Ivaldi family vous embrasse

    19 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Merci Vanessa , tes compliments me vont droit au coeur. Je n’étais pas habitué à peindre en haute Provence – prendre ainsi le temps de m’imprégner de l’ambiance de cette région. Mais aujourd’hui je comprends l’amour que  tu ressens pour ces « chères montagnes »  et pas la peine de dire que je partage.
      mille bisous
      Gérard

      20 juillet 2019 Répondre
  6. Jean-Philippe Ivaldi

    Merci mon tonton !
    Merci pour ce récit qui te ressemble, et qui, comme tes peintures est un doux moment de simplicité, de sincérité, de bienveillance, de folie et de talent…merveilleux !
    Hâte de te voir bientôt pour notre rendez-vous annuel

    19 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Cher Jean Philippe… Merci ! Tu ne sais peut-être pas que c’est ton père qui m’a fait connaître la Provence intérieure, il y a plus de cinquante ans ! Nous partions de Roquevaire avec son gros camion plateau (de marque Mercedes) du temps où il faisait le messager et nous allions charger de la paille ou du foin dans ces pays du bout du monde ! Je te dis pas ; le revêtement des routes n’était pas aussi lisse que celui d’aujourd’hui, mais à la sortie de chaque virage, je voyais un tableau ! Quel dépaysement !
      Oui, nous en reparlerons  bientôt…

      20 juillet 2019 Répondre
  7. Guirato Marie blanche (maman de Vanessa ivaldi)

    J ´adore vos peintures. Cette région a les plus belles couleurs du monde. Et que dire de la voiture !!!!! Une gentille folie sans doute à votre image. Amicalement. Marie Blanche

    21 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      C’est trop gentil Marie Blanche (quel doux prénom) et merci pour votre amour pictural ! Mais oui je vous rassure : c’est de la folie douce !!!!

      21 juillet 2019 Répondre
  8. Pierre Tobler

    Merci Gèrard, artiste peintre / peintre artiste et raconteur de classe et de cœur !

    Voyageur
    Visiteur
    Des couleurs
    Du soleil
    Et des rencontres
    Chapeau !

    Amour et amitité

    Pierre et Trudi

    29 juillet 2019 Répondre
    1. Gérard ISIRDI

      Que répondre à ces mots qui m’encensent?
      C’est magnifique!
      Je vous embrasse tous les deux!
      Gérard

      31 juillet 2019 Répondre

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